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Jean-Philippe Courtois : "Nous devons mener une politique qui favorise l'émergence de talents sportifs."

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La ville de Capesterre Belle-Eau fait partie des cinq communes de la Guadeloupe qui ont reçu le label "Terre de Jeux 2024". Elle devra donc, dans les trois prochaines années, mener une politique extrêmement volontariste en matière de sport (haut-niveau et amateur) que ce soit sur le plan de la pratique, que des valeurs. Un programme qui se déclinera à tous les niveaux, du sport scolaire vers les clubs, avec l'ambition d'ouvrir de vraies possibilités de carrière dans le domaine. Rencontre avec Jean-Philippe Courtois, maire de la commune.

Vous êtes la première ville de Guadeloupe à annoncer clairement son entrée dans les préparatifs de Paris 2024 avec la révélation de ce label « Terre de Jeux 2024 ».  Qu'est-ce-qu'il signifie concrètement en matière de programmation ?

Jean-Philippe Courtois : Ce label nous donne l’opportunité de participer à la fête de l’olympisme, de valoriser nos acteurs et mettre en lumière nos champions sur le plan local. Ce label est aussi une vraie passerelle avec le sport santé, les activités pour le grand public afin de mettre en évidence le besoin d’une politique capable de faire évoluer les infrastructures sportives sur le territoire et répondre aux besoins primaires que nous avons. Nous espérons aussi que toutes les activités que nous organiserons dans le cadre de ce label permettront de véhiculer des valeurs fortes telles que la transmission, et la cohésion. Mais pour tout cela, nous avons besoin de structures, nous espérons donc d’ici 2024 parfaire les terrains de sport implantés dans les différents quartiers et finaliser les projets importants sur lesquels nous travaillons, tels que la rénovation du stade municipal.

OSM : La mise en œuvre de ce label va-t-elle se décliner par des actions en cohésion avec les associations sportives du territoire ?

J-P.C. : C’est un vrai maillage et nous devons profiter de l’occasion pour faire de Capesterre la capitale de l’olympisme pendant ces Jeux, mais surtout permettre à la population d’adhérer à cette grande fête. Nous allons donc mettre en place, en appui avec le tissu associatif, des activités afin de faire découvrir les différentes disciplines présentes à Capesterre-Belle-Eau, présenter les performances de nos clubs et les nouvelles arrivées telles que la natation ou le badminton. Je crois que nous avons beaucoup de choses à montrer au monde. Notre volonté est claire et forte, nous voulons prouver que le sport peut être un outil à la disposition de tous. C’est notre responsabilité de donner aux athlètes qui en ont les compétences, les moyens de briller dans leur discipline. Cela passe par les stades, les équipements, et l’ouverture de voies de formation dans les métiers du sport.

OSM : Avez-vous inclus dans les activités de ce label des séances de détection ?

J-P.C. : En ma qualité d’ancien sportif de haut-niveau, j’ai bien conscience de l’importance cruciale de la détection dans le parcours et l’évolution de nos talents sportifs. Ils doivent participer à des compétitions de haut niveau, à des échanges dans la Caraïbe ou au national, sinon nous allons passer à côté de très hauts potentiels. Thomas Lemar, Dimitri Foulquier et au niveau local, les frères Urcel qui font partie des meilleurs cyclistes Guadeloupéens actuels sont autant d'exemples qui démontrent notre aptitude à faire naître des sportifs talentueux. Dès lors, nous, hommes politiques, ne pouvons pas leur nier l’opportunité de mettre en place une carrière et paver le chemin afin qu’ils soient de plus en plus nombreux à l’emprunter. Je vous rappelle tout de même, que le bilan de médailles des sportifs Guadeloupéens est, en dépit des conditions, excellent.

OSM : Vous avez mentionné l’urgence de faire évoluer les infrastructures sportives. Le budget du sport a été voté et a subi une augmentation historique de 22%, aurez-vous la possibilité, en tant que collectivité, de débloquer des lignes de budget afin de mener à bien les travaux nécessaires ?


J-P.C. : La stratégie du gouvernement concernant Paris 2024 n’est pas la bonne. Je vais m’aligner sur l’analyse livrée par Teddy Riner quand on lui a posé la question. C’est trop tardif. Nous aurions dû déjà avoir la possibilité de disposer de budgets supplémentaires depuis longtemps. Souvenez-vous qu’en 1998, la victoire des Bleus au Mondial avait permis le déblocage d’une enveloppe confortable à destination des clubs amateurs entre autres. Ce travail aurait dû être fait il y a déjà deux olympiades. Un club tel que l’OMS de Pointe-à-Pitre qui sort toujours au moins trois judokas espoirs, alors même que les moyens n’y sont pas toujours, aurait déjà dû profiter d’aides financières qui accompagnent son travail voire même permettent de se tourner vers le sport études. Malheureusement, le sport en France est une activité périphérique ou un amusement.

OSM : Cela implique que les collectivités de Guadeloupe devront compenser les financements que l’État apporte tardivement ?

J-P.C. : Tout à fait. C’est pour cela qu’il nous faut un regard au plus proche des acteurs. Nous devons nous impliquer sur les actions que l’on peut mener, même avec les écoles, avec par exemple, un planning sportif plus complet qui aille au-delà des cours d’EPS. Nous devons aussi identifier tôt les forts potentiels et les accompagner.

OSM : Désormais, au national, il y a une volonté forte de fédérer les athlètes olympiques et paralympiques dans un seul et même ensemble. Profiterez-vous de ce label pour poursuivre la réflexion et améliorer l’inclusion de nos athlètes du handisport ?

J-P.C. : C’est aussi une priorité. J’ai toujours été de ceux qui pensent que la barrière entre les athlètes valides et handisport n’avait pas beaucoup de sens dans le cadre d’une olympiade, puisqu’ils utilisent les mêmes espaces, adaptés simplement à leur handicap. Nous constatons aujourd’hui que le handisport en Guadeloupe est encore beaucoup trop timide.