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Paul Chonchon : le hall du scandale

Crédits Photo : OSM

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Le 3 octobre 2022, la mairie de Pointe-à-Pitre annonce par voie de communiqué la fermeture totale du site du Hall des Sports Paul Chonchon suite à l’avis défavorable émis après une visite de la commission de sécurité. Ce n’est pas le premier avis de fermeture de l’infrastructure, sauf que cette fois, il révèle des manquements hallucinants…

De solides chaînes condamnent tous les portiques du site de Paul Chonchon. Ils sont surveillés par un agent qui repousse les quelques sportifs qui entendaient profiter des terrains extérieurs.

« Il n’y a pas que le hall qui est fermé. C’est tout le site qui est inaccessible au public. » assène l’homme le visage complètement fermé. Les dernières allées et venues qui restent autorisées sont celles des officiels qui occupent le siège des ligues hébergées par le Hall. Mais pour le sport et le loisir… c’est un niet catégorique.

Bien que le communiqué annonçant la décision de la municipalité a été publié le 3 octobre, ce n’est que ce vendredi 7 octobre que le maire, Harry Durimel, a décidé de s’exprimer publiquement sur les raisons de cette fermeture. Entouré de ses élus, sa phrase d’entame tombe.

« On ne peut plus continuer comme ça, en croisant les doigts.» commence l’édile avec la verve qu’on lui connaît. « C’est ma responsabilité personnelle qui est engagée si je décide de fermer les yeux sur les recommandations de la commission. S’il y a un mouvement de panique, ou pire, un incendie, je suis responsable devant la justice. De plus, étant avocat, je ne peux pas dire que j’ignore la loi. » conclut le maire.

Mais, il faut dire que, cette fois, la ville aurait eu bien du mal à ignorer le constat de la visite de contrôle. Le rapport remis par le directeur technique de la ville au maire recence plus de 18 points d’alerte, parmi lesquels un système de sécurité incendie hors normes et défectueux.

« Parmi les manquements graves que nous avons pu constater, il y a le système anti-feu SSI qui est hors d’usage ainsi que des extincteurs. Il y a aussi de graves soucis électriques qui ne pourront pas tous être gérés en interne à la mairie. Au regard de ces dysfonctionnements, il était de mon devoir d’avertir le maire afin d’émettre un avis de fermeture et protéger ainsi la responsabilité de la mairie. » détaille Christophe Ducos, directeur des services techniques de la ville.

C’est d’autant plus grave que ces défaillances ne sont pas nouvelles. Le 22 février 2018, déjà, la commission sécurité signalait des manquements liés à la sécurité des personnes. Lors de la visite du 20 juin 2019, elle avait émis un avis favorable, toutefois, comme on peut le voir sur les documents qui ont été remis à la presse, les contrôles sur le système SSI et l’Alarme n’ont pas pu être menés.

 

Depuis, c’est toute la sécurité du Hall des Sports qui laisse à désirer comme en atteste le constat de la visite de la commission de sécurité.

Un non-sens administratif

Mais ces dysfonctionnements, déjà graves, ne sont que la surface émergée de l’Iceberg. Car en réalité, en plus d’un problème de sécurité, le Hall des Sports est aussi en train de se muer en casse-tête administratif.

En effet, la visite de la commission de sécurité a porté sur le Hall des Sports, mais aussi sur les bâtiments annexes réunis sous l’appellation CACEB. Alors qu’ils abritent, en ce moment, les activités des associations sportives, ces bâtiments ne sont en réalité pas finis, et présentent de graves problèmes tels que l’absence d’escaliers dans une cage d’escaliers censée servir de sortie de sécurité. La commission a donc conclu que ces bâtiments étaient carrément dangereux, d’autant plus qu’ils ont été ouverts, sans autorisation légale, n’ont jamais été livrés et donc n’ont jamais passé de visite d’ouverture. Ainsi, « leurs installations électriques sont désormais non-conformes et en mauvais état de fonctionnement. ».

Désormais, la question qui se pose c’est, comment les clés d’un bâtiment non livré, non fini ont-elles pu atterrir dans la main d’un agent, puis doublées pour l’usage des associations sportives ? À cette question, Harry Durimel, qui, d’habitude ne mâche pas ses mots, propose une réponse plutôt mesurée.

« Je pense simplement qu’il y a des gens [ dans l’ancienne majorité ] qui ne savaient pas dire non. Je passe pour un maire méchant parce que j’ai l’audace de jouer la transparence et de dire non lorsque certaines demandes ne cadrent pas avec nos missions. »

En attendant, où chercher la responsabilité ? De l’aveu du maire, certaines entreprises engagées sur le chantier, ont, depuis, coulé, en raison des retards de paiement. Du coup, on peut difficilement engager leur responsabilité devant la justice.

En attendant, comment rectifier le tir ? Repasser un nouveau marché ? Avec des moyens limités et un hall à rénover de nouveau (pour env.600 000 euros)…

« Nous espérons que nos partenaires que sont les collectivité majeures et l’État, nous accompagneront afin de trouver des solutions dans une affaire qui définitivement dépasse la seule ville de Pointe-à-Pitre. »

Et le sport dans tout ça ?

Les licenciés de judo, de handball, de tennis et d’escrime sont à la rue. Ils ne peuvent plus profiter des installations et devraient, selon les dires de la mairie, être redirigés ailleurs. Certains ont eu l’autorisation d’utiliser les installations scolaires, mais pour d’autres, il faudra sortir des limites de la ville, pour aller braconner sur les terres élargies de Cap Excellence.

Une vraie gageure quand on sait que les deux autres villes voisines que sont les Abymes et Baie-Mahault ont des vies sportives plutôt dynamiques et jonglent déjà avec l’occupation de leurs infrastructures.

« Nous avons déjà entamé des discussions avec plusieurs associations sportives et nous allons faire du cas par cas. Nous leur avons aussi proposé, pour ceux qui le peuvent, des activités en plein air sur d’autres infrastructures de nous avons. » explique Wyllen Saha directrice des affaires culturelles et sportives de la ville.

Et le maire de compléter

« Pour le tennis, nous avons trouvé une solution avec le tennis club de Lauriscisque, qui ouvrira ses terrains aux utilisateurs qui ne peuvent plus se rendre au Hall. »

La question du comment étant à peu près réglée… reste à question du quand. Car il est clair que si la mairie envisage une réouverture progressive du hall des sports, celle des bâtiments annexes, dépend, vraisemblablement du nécessaire éclaircissement admnistratif du dossier, qui n’est clairement pas à envisager dans les prochaines semaines.

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