fbpx

Equipage "Coq-La" : le poulet aux dents qui rayent le parquet

Crédits Photo : W.Fresh Photography

Voile
Typography
  • Smaller Small Medium Big Bigger
  • Default Helvetica Segoe Georgia Times

Arrivé, très discrètement à la tête d’un équipage en 2021, Steven Foy patron du canot "Coq-La" a depuis bien secoué la flotte de voile traditionnelle. Les performances de l’équipage saintois relancent un peu les enjeux dans des courses où les « gwo mòdan » étaient déjà connus. À quelques jours du championnat, nous sommes allés à la rencontre de cet équipage aux ambitions claires et assumées.

Sur cette plage du Gosier, plusieurs hommes s’activent autour de trois canots traditionnels. Parmi eux, deux battent pavillon saintois. Autour, les équipages procèdent aux préparations d’usage et ne s’arrêtent que pour se lancer quelques blagues ou faire quelques pas de danse que la musique diffusée en fond sonore leur inspire. L’ambiance est clairement détendue mais malgré la légèreté apparente, les gestes autour du bateau sont à la fois précis et respectueux.

Ces hommes sont tous saintois et à bord sont menés par Steven Foy. Ce jeune homme d’une vingtaine d’années à l’air pince sans rire à un CV voile traditionnelle bien rempli. Il fait ses premières armes avec Guillaume Aubert en 2013 avant d’aller chercher un titre avec Hugo Thélier en 2017. Et puis, l’envie lui vient de barrer et c’est Marcellin Wilbon qui lui en donnera l’opportunité pour la première fois, puis ce sera Ti Nèg La.

Barrer oui, mais pourquoi pas avec son propre équipage ? Loin d’être découragé par les ravages de la crise sanitaire, Steven se lance dans le montage d’un projet. Foi de Foy, les saintois hisseront leurs propres voiles !

Un nouveau coq dans la basse-cour

 Le malheur des uns faisant souvent le bonheur des autres, Steven Foy va bénéficier d’un coup de pouce d’un ancien équipage.

« La crise covid faisait rage et j’ai appris que Ti Nèg La avait du mal à boucler son financement, or, de notre côté nous avions une ouverture avec la ville de Sainte-Rose, du coup, nous avons pu nous positionner sur un canot rapidement. Dès lors, il fallait juste boucler l’équipage. »

Sauf que c’est sur ce point que le jeune homme se fait le moins de soucis. Des saintois prêts à partir en mer, ce n’est vraiment pas ce qui manque et il a vite fait de recruter 7 matelots pour s’aligner sur le Traditour 2021 qui s’annonce.

« L’engouement était clairement là et puis nous avons vite pris les choses à cœur par respect pour les sponsors. Nous voulions faire des podiums et leur montrer notre solidité. »

Là encore, Foy et son équipage respectent leur parole. Les saintois prennent le départ du Traditour 2021 et montrent une réelle habilité à s’inviter dans les courses à l’avant, malgré un Hugo Thélier offensif, un Astorga veillatif et un Chipotel rusé et expérimenté. À la fin de la compétition, ils arrachent la seconde place.

« C’est un résultat incroyable ! Franchement, c’était inespéré et l’avoir fait a juste démontré que notre projet était juste et qu’on pouvait aller beaucoup plus loin. »

Et ils ne se gêneront pas. Car au-delà du succès d’un équipage, il y a aussi l’impératif de faire revivre une pratique saintoise qui est menacée et qui représente pourtant tout un pan de l’identité et du patrimoine saintois.

Des Anges veillent au grain

Plus que de gagner des courses, l’équipage veut faire revivre le monde de la mer aux Saintes. La voile traditionnelle, c’est un ensemble de métiers et de savoir-faire pour lesquels aucune relève n’est prévue. Réussir à réunir si vite un équipage efficace et performant et entièrement saintois, c’est la preuve pour l’équipage "Coq-La", que la marine saintoise n’est pas morte. Pour faire bouger les choses, les garçons créent Les Anges. Une association qui a pour unique objectif de sauvegarder le savoir-faire saintois de la voile traditionnelle.

« Nous avons constaté que dans tous les métiers qui entourent la voile traditionnelle, il n’y avait quasiment pas de relève. Notre objectif est de réunir le maximum de jeunes et d’artisans afin faciliter la transmission des savoir-faire soit par la mise en contact, soit par l’organisation d’événements, mais en tout cas créer une activité autour de la mer pour attirer et créer des vocations. » explique Jérôme Brudey, président de l’association.

Dans le projet, ils ont été rejoint par un certain Daryl Garçon, un patron saintois qui avait déjà fait sensation lors du Traditour 2018 sur le canot Ti Bo Doudou. L’homme a rejoint l’aventure et sera à la tête d’un nouvel équipage baptisé « Coq-La 2 » qui devrait participer au prochain Traditour.

« Je suis fier et content. Après il y a encore du travail, nous ne sommes pas tout à fait au point, mais les gars écoutent bien et apprennent vite. C’est dans le sang. Après l’important c’est d’être rigoureux, attentif et puis de garder une bonne humeur dans l’équipage et ça devrait rouler. » résume le patron en regardant l’équipage s’activer autour du canot.

Parmi eux, un adolescent d’à peine 15 ans qui aide à dérouler les voiles, preuve que le travail se fait déjà.

À terme, l’association espère bien faire revivre la patrimoine maritime des Saintes avec des courses, des évènements et de la formation, et revenir un peu à cette ambiance incroyable que certains ont connu, plus jeunes, notamment lors de la fête du 15 août. Mais au-delà du sport et de la compétition, leur vraie fierté serait de voir arriver, chaque année, un nouveau jeune sur un chantier de marine.